Tête de turc de Pascal Elbé (Warner Bros France)

Publié le par 67-ciné.gi-2010

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Tête de turc drame de Pascal Elbé
durée : 1h27
sortie le 31 mars 2010

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Un adolescent de 14 ans, un médecin urgentiste, un flic en quête de vengeance, une mère qui se bat pour les siens, un homme anéanti par la mort de sa femme, voient leurs destins désormais liés.
Alors que le médecin passe plusieurs jours entre la vie et la mort, les événements s’enchaînent et tous seront entraînés par l’onde de choc.

avec :
Roschdy Zem, Pascal Elbé, Ronit Elkabetz, Samir Makhlouf, Simon Abkarian, Florence Thomassin, Valérie Benguigui, Monique Chaumette, Laure Marsac, Stephan Guerin-Tillie, Brigitte Catillon, Gamil Ratib, Moussa Maaskri, Léo Elbe, Adèle Exarchopoulos et Omar Ait-Rass

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Entretien avec Pascal Elbé
- : « Comment passe-t-on d’acteur et scénariste à auteur complet de son premier film ? »

Pascal Elbé : « Pour moi, c’est toujours l’histoire qui commande le projet et je ne me suis pas posé la question de savoir qui pourrait le réaliser. Au départ, il s’agit d’un fait divers : en 2006, à Marseille, Mama Galledou, passagère d’un bus, a été brûlée vive par des jeunes qui n’avaient pas la moindre conscience des conséquences de leurs actes. C’était un guet-apens prémédité qui ne pouvait pas avoir été improvisé. Ce qui m’avait le plus choqué, c’est qu’un an plus tard les jeunes ne se sont pas exprimés pendant le procès et n’ont jamais demandé pardon, de peur d’être rejetés de la bande. Comme si leur peine de prison n’avait servi à rien. Et comme si notre pacte social avait éclaté en mille morceaux. Cette histoire m’a accaparé, mais je ne me voyais pas expliquer à quelqu’un pendant deux mois pourquoi je m’y intéressais. Du coup, j’ai décidé de le mettre moi-même en scène. D’autant que j’ai souvent ressenti une frustration lorsque j’étais scénariste, sans réaliser. J’avais envie de commettre mes propres erreurs ! »

- : « Quel type de recherches avez-vous menées ? »

Pascal Elbé : « Je me suis beaucoup documenté et je suis allé sur le terrain, où j’ai rencontré des travailleurs sociaux, des urgentistes et des flics. J’ai passé des heures à lire les blogs entre les pompiers et les urgentistes, où ils racontent qu’ils ne peuvent plus intervenir dans certains quartiers sans escorte policière. J’ai aussi vu des cités totalement à l’abandon, où il n’y a plus de commissariat à 2 km à la ronde. J’ai même demandé au patron de la Brigade Criminelle de relire mon scénario pour détecter d’éventuelles erreurs. Pour moi, c’est un film d’engagement. Je ne voulais surtout pas qu’on me prenne en défaut sur ce que je raconte. Du coup, tout ce que j’avance dans le film est vrai et étayé par des témoignages. Comme, par exemple, le fait de ne pas pouvoir parler de peur de passer pour un délateur ou de devoir carrément quitter la cité quand la situation devient intenable. »

- : « Vous souhaitiez d’emblée aller vers le thriller ? »

Pascal Elbé : « Le point de départ de ce gamin déchiré entre sa conscience et son avenir me semblait un dilemme intéressant pour un thriller : soit il écoute sa conscience et il se met lui-même un obstacle sur sa route, soit il devient un peu cynique et il trahit alors sa conscience… »

- : « Le polar vous permet aussi d’aborder des thèmes complexes. »

Pascal Elbé : « C’est comme une forme de pudeur : je n’aurais pas pu passer par la chronique pour dire ce que j’avais à dire. J’avais besoin d’une mise en situation et le polar permet, justement, de faire passer des idées sans les marteler. La scène entre les deux frères dans la voiture est la seule où je me suis autorisé à laisser parler l’auteur. Le reste du temps, les personnages sont inscrits dans leur propre logique. »

- : « D’ailleurs, quelques plans seulement suffisent à saisir les enjeux de chaque personnage… »

Pascal Elbé : « Au moment de l’écriture, j’avais besoin d’être très 4 explicatif pour être sûr que le spectateur comprenne mon scénario pour détecter d’éventuelles erreurs. Pour moi, c’est un film d’engagement. Je ne voulais surtout pas qu’on me prenne en défaut sur ce que je raconte. Du coup, tout ce que j’avance dans le film est vrai et étayé par des témoignages. Comme, par exemple, le fait de ne pas pouvoir parler de peur de passer pour un délateur ou de devoir carrément quitter la cité quand la situation devient intenable. »

- : « Vous souhaitiez d’emblée aller vers le thriller ? »

Pascal Elbé : « Le point de départ de ce gamin déchiré entre sa conscience et son avenir me semblait un dilemme intéressant pour un thriller : soit il écoute sa conscience et il se met lui-même un obstacle sur sa route, soit il devient un peu cynique et il trahit alors sa conscience… »

- : « Le polar vous permet aussi d’aborder des thèmes complexes. »

Pascal Elbé : « C’est comme une forme de pudeur : je n’aurais pas pu passer par la chronique pour dire ce que j’avais à dire. J’avais besoin d’une mise en situation et le polar permet, justement, de faire passer des idées sans les marteler. La scène entre les deux frères dans la voiture est la seule où je me suis autorisé à laisser parler l’auteur. Le reste du temps, les personnages sont inscrits dans leur propre logique. »

- : « D’ailleurs, quelques plans seulement suffisent à saisir les enjeux de chaque personnage… »

Pascal Elbé : « Au moment de l’écriture, j’avais besoin d’être très 4 explicatif pour être sûr que le spectateur comprenne bien les enchaînements. À l’image, je me suis rendu compte qu’il fallait faire confiance aux gens : parfois, une simple tenue vestimentaire ou un regard suffisent pour cerner un personnage. Je ne voulais pas alourdir le propos par des dialogues inutiles. »

- : « La famille semble être un leitmotiv dans le film. »

Pascal Elbé : « Dans tous mes scénarios, la famille revient systématiquement car elle nous renvoie à nousmêmes et conditionne nos vies : un ami m’a d’ailleurs fait remarquer que mon film était sans doute autobiographique. Plus largement, tous les polars que j’aime – comme Le parrain, Les affranchis ou les films de James Gray – parlent de la famille et de la trahison des siens. Que doit-on faire ? Rester fidèle à sa famille et à un certain code de l’honneur ? Ou trahir son clan par souci de la vérité ? Cela génère beaucoup de culpabilité, mais c’est en même temps un formidable moteur dramatique. »

- : « Quelles sont vos autres influences ? »

Pascal Elbé : « J’aime beaucoup le cinéma israélien, comme Prendre femme de Ronit Elkabetz, où la famille pèse de tout son poids pour que Viviane reste auprès de son mari et de ses enfants. J’ai aussi vu des films. »

- : « Le film est parcouru par un sentiment d’urgence. Cela reflète-t-il l’atmosphère avant et pendant le tournage ? »

Pascal Elbé : « Absolument. J’avais dit à mes acteurs que s’ils aimaient le scénario, on n’allait pas faire d’innombrables lectures autour d’une table : tout est dans le texte car c’est une histoire qui leur appartient à tous. Sur le plateau, il n’était plus temps de se poser des questions : il fallait avoir des réponses ! Il n’y a qu’une seule scène qui nous a vraiment posé problème : ce qui est formidable, c’est que ce jourlà tous les comédiens se sont exprimés comme si c’étaient eux qui avaient écrit le scénario. J’étais ravi parce que j’ai compris qu’ils s’étaient vraiment approprié l’histoire. »

- : « Combien de temps a duré le tournage ? »

Pascal Elbé : « Six semaines pendant lesquelles j’ai passé des nuits agitées ! On tournait la semaine, je vérifiais les décors le vendredi soir et je montais le week-end avec Luc Barnier. Du coup, quand je reprenais le tournage, cela me permettait de ne pas découper de la même façon et, surtout, de mieux savoir dans quelle direction j’allais. C’était totalement épuisant, mais j’étais tellement heureux de pouvoir travailler de cette manière que j’aurais pu continuer encore quelques semaines. comme Bouge pas, Meurs et ressuscite, Pixote ou Les cerfs-volants de Kaboul qui confrontent l’enfance à la violence et à l’instinct de survie. C’est un cinéma où je me retrouve complètement. »

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- : « En revanche, la construction de Tête de Turc évoque plusieurs films choraux. »

Pascal Elbé : « Oui, je me suis inspiré du cinéma de Robert Altman, de Paul Haggis et surtout des films d’Alejandro Inarritu. Je me suis dit que c’était très risqué, mais qu’il n’y avait pas de raison qu’on ne tente pas de le faire en France. En tout cas, pour mon premier film, je ne voulais surtout pas d’un sujet «habile» que l’on pitche facilement ! »

- : « Vos personnages ont des origines très différentes. »

Pascal Elbé : « Je voulais leur donner une identité et une culture très fortes. J’ai pensé que si je m’attachais à des Arméniens et des Turcs, cela me permettait de les opposer. Immédiatement, cela les situe par rapport à des traditions : ils sont obligés de rendre visite à leur mère ou d’aller à l’église, ils ont le respect des aînés, ils ne peuvent pas dire tout ce qu’ils pensent à leur père etc. C’est une dimension qui me manque en général dans le cinéma français et que l’on retrouve davantage dans les films de James Gray ou de Martin Scorsese. »

- : « Pourtant, certains de vos personnages cherchent à gommer leurs origines. »

Pascal Elbé : « C’est un phénomène qui me frappe : parfois, nos parents et nos grands-parents ont tout fait pour effacer leurs origines et ne surtout pas dire d’où ils viennent. Sans être dans la mélancolie ou la nostalgie, je pense que le travail de la mémoire est important. Et quoi qu’ils en pensent, c’est leur identité et leur culture qui permettent à mes personnages de se tenir debout. »

- : « Il y a justement une sécheresse d’écriture que l’on retrouve au montage. »

Pascal Elbé : « J’ai un sens du sacrifice assez développé ! Même quand une scène me semblait réussie sur un plan technique, je n’avais aucun mal à me mettre à la place du spectateur et à la couper si je sentais qu’elle n’apportait rien de particulier. J’aime les films un peu âpres où l’attention du spectateur est sollicitée. En tout, j’ai dû supprimer trois ou quatre scènes. »

- : « La lumière est très belle et fait ressortir le grain de la peau. Comment avez-vous travaillé lumière et couleurs ? »

Pascal Elbé : « Ce n’est pas parce que le propos est un peu âpre que je voulais une image naturaliste. Au contraire, je tenais à avoir une lumière contrastée, comme dans les films de James Gray. J’avais envie de travailler dans des tonalités comme le cyan, l’orangé et le vert. Comme on tournait en studio, on pouvait se permettre d’oser des couleurs stylisées. »

- : « Où avez-vous tourné ? »

Pascal Elbé : « Dans un hangar désaffecté qui a été mis à notre disposition par la mairie de Suresnes. On a arraché les murs et les poignées de portes et on a créé une douzaine de décors sur place. J’ai vite appris à tricher avec l’image. Mais j’ai aussi eu beaucoup de chance comme, par exemple, avec la ferronnerie qu’on a trouvée et qui correspondait à ce que je recherchais. »

- : « On retrouve aussi une profondeur sonore qui ajoute à la tension, ce qui est très rare dans le cinéma français. »

Pascal Elbé : « Au départ, l’ingénieur du son m’a proposé quelque chose de très réaliste, où l’on entendait le moindre bruit. Or, je pense qu’il faut travestir le son et ne garder que l’essentiel. C’est comme avec les mots : les sons se travaillent. Dès le scénario, je voulais une atmosphère sonore dominée par une fréquence basse. En plus, comme le personnage principal a une oreille déficiente, il a tendance à s’isoler du monde et à se retrancher dans sa bulle. Et lorsqu’il perd son appareil dans sa course, le son est pour ainsi dire suspendu : on ressent un flottement et un quasi silence total. On a beaucoup travaillé dans cette direction. »

- : « Et pour le rôle de Bora ? »

Pascal Elbé : « Je voulais prendre un jeune qui n’avait presque jamais fait de cinéma et qui n’était pas dans une sorte de confort. Je voulais que ce soit un gamin qui soit dans une forme d’urgence. J’ai rencontré beaucoup de garçons, mais Samir m’a touché par sa simplicité et sa capacité d’écoute. »

- : « Comment avez-vous dirigé les comédiens ? »

Pascal Elbé : « Je ne voulais surtout pas qu’ils jouent. Au contraire, je tenais à ce qu’ils en fassent le moins possible. Du coup, je n’ai pas cessé de leur dire de gommer tel ou tel tic de jeu. Je leur disais souvent : Souvenez-vous de votre état d’esprit quand vous vous réveillez le matin : vous avez un débit naturel et vous ne ponctuez pas vos phrases pendant deux heures. C’est ce que je vous demande de faire. Quand ils ont fini par trouver la tonalité que je recherchais, ils se sont épanouis parce qu’ils ont compris que cela les rapprochait d’eux-mêmes. »

- : « Est-ce que vous n’avez pas hésité à être à la fois derrière et devant la caméra ? »

Pascal Elbé : « Par facilité, j’ai interprété le médecin parce que je savais que ce n’était pas un rôle majeur. Surtout, ma complicité avec Roschdy m’a beaucoup facilité la tâche. Ceci dit, si j’avais pu rester uniquement derrière mon combo, j’aurais largement préféré. »

- : « Vous avez mêlé les origines des comédiens et des personnages. Cela a-t-il une résonance particulière ? »

Pascal Elbé : « Je ne supporte pas les étiquetages. Je me suis dit qu’au cinéma, on pouvait tout faire accepter au spectateur. Car ce qui m’intéresse avant tout, c’est la vérité dans le regard. Du coup, peu importe de choisir une actrice israélienne pour jouer une Turque ou un Beur pour interpréter un Arménien. »

- : « La direction d’acteurs est au cordeau. Comment les avez-vous choisis et dirigés ? »

Pascal Elbé : « Je pense qu’il ne faut pas écrire un scénario avec un acteur en tête : c’est la meilleure manière de ne pas obtenir son accord. J’avoue que je n’ai pas pensé immédiatement à Roschdy Zem pour le rôle du flic : il ne ressemblait pas vraiment à un Arménien ! Mais il m’a dit que c’était au réalisateur de faire en sorte que l’acteur se glisse dans la peau du personnage – et il avait raison. Je lui ai donné quelques heures pour lire le scénario : il m’a dit oui tout de suite. À partir du moment où je l’ai envisagé dans le rôle, cela m’est apparu comme une évidence. Pour la mère, je voulais quelqu’un qui me rappelle les grandes actrices italiennes du néo-réalisme et qui puisse incarner la dignité et la fierté. J’ai très vite pensé à Ronit Elkabetz : dans Prendre femme ou Mariage tardif, elle prend des coups terribles et continue à se tenir debout – et c’est exactement ce que je voulais pour son personnage. Je lui ai simplement demandé de garder une certaine douceur dans la tessiture de sa voix. Je ne pouvais pas imaginer de faire un film sans Simon Abkarian. »

- : « Comment avez-vous choisi Bruno Coulais pour la musique ? »

Pascal Elbé : « Quand j’étais dans les cités, je n’ai jamais entendu de ghetto blaster ou de rap poussé à fond. J’ai surtout été frappé par le silence, le désoeuvrement et la solitude. Je ne voulais donc pas des musiques qui stigmatisent en général la banlieue. J’ai donc eu envie d’une musique plus «classique». Quand j’ai rencontré Bruno Coulais, je lui ai dit que je ne souhaitais surtout pas souligner le propos et qu’il fallait que la musique ne soit pas omniprésente pour ne pas trop accompagner les comédiens. Après, je lui ai laissé toute marge de manoeuvre pour me proposer quelque chose. »

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Fiche technique
Réalisateur : Pascal Elbé
Scénario, adaptation, dialogue : Pascal Elbé
Image : Jean-François Hensgens
Décors : Denis Mercier
Montage : Luc Barnier
Son : Pierre Tucat
Montage son : Arnaud Rolland
Mixage : Daniel Sobrino
Musique originale : Bruno Coulais
Costumes : Jacqueline Bouchard
Maquillage : Kathia Ruiz
Coiffure : Frédéric Zaid
Scripte : Virginie Le Pionnier
Régie : Henry Le Turc
1er assistant réalisateur : Olivier Coutard
Directeur de production : Michel Jullien
Productrice exécutive : Françoise Galfrè
Produit par : Patrick Godeau
Une coproduction : Alicéleo cinéma, Alicéleo et France 2 Cinéma
En association avec : La Banque Postale Images 3 et Sofica Europacorp
avec la participation de : Canal+ , de Cinécinéma et de France Télévisions
avec le soutien de : l’Angoa-Agicoa et du Fonds Images de la Diversité
Photos : Christophe Echard
Conception et réalisation : Éditions Gilbert Salachas

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présentation réalisée avec l’aimable autorisation de :
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remerciements à
Amandine Dayre

logos, photos & textes © www.warnerbros.fr

Publié dans PRÉSENTATIONS

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